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Tout devait être prêt pour le 26. C’était un savant calcul, un jeu de chiffres qui avait déterminé la date exacte. Il y avait assez de temps. J’avais énoncé que sept mois pourraient peut-être suffire, on m’avait du coup octroyé sept mois sept semaine et sept jours pour faire bon compte ! Un engagement que j’avais crânement accepté de promettre.

Je viens d’un métier où j’avais appris à ne pas promettre ce que je n’étais pas sûr de pouvoir tenir. J’y ai aussi appris à ne pas montrer un travail pas fini. Un travail inachevé est toujours trop faible pour supporter la confrontation avec le monde, ses habitants, leurs égos. Ils auront tôt fait, tous, individuellement et successivement ou collectivement de le mettre en pièce ou de le dénaturer, même sans le vouloir, tant une forme incomplète est fragile. Au reste tant qu’il est inachevé il n’est pas dit qu’il tienne, qu’il vaille. À l’auteur de s’assurer de la validité de l’œuvre avant de la jeter au monde. Après c’est trop tard, il n’y a plus que des conséquences.

Le 26 est passé. Il y a bien eu une réjouissance, un anniversaire. Cela faisait un an que notre groupe de voisins s’est constitué sous sa forme actuelle, et joue avec plaisir assez souvent pour que ce soit déjà remarquable. Cette rencontre est assez miraculeuse pour justifier festivité. Cette improbable concentration de musiciens a changé cette petite rue en joyeux village, j’y connais presque tous les habitants, nous échangeons gaiement. Tout est bien. Il y a de la vertu dans cette situation.

La vie s’écoule à toute allure. C’est stupéfiant. Tout le monde le dit tout le temps, mais c’est furieusement intense, vif (justement) par moment. Douloureux, souvent. Il y a longtemps que le temps… en voilà un début de phrase !

Il y a longtemps que le temps m’obsède et je suis toujours surpris par le peu de cas qu’en font les autres. Tout le monde se préoccupe de vieillir ou même d’être simplement à l’heure ou en retard et la finance qui, au fond, aujourd’hui, ne traite quasiment plus que du temps qui passe, règne sans partage sur notre monde, à tel point que nous en subissons les effets comme s’ils étaient ceux de phénomènes météorologiques et non le jeu de convention qui la constitue. Une fiction.

Pourtant si peu regardent cette entropie pour ce qu’elle est. Tout le monde est occupé, cette considération est en pratique un peu insupportable, en acte, stérile la plupart du temps.

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